Philippe Monnet : « Sans le vouloir, on a créé il y a 40 ans la première course européenne de yachts classiques »

Le navigateur aux multiples tours du monde et records fait partie de l’âme des Régates Royales. C’est lui, avec d’autres comparses, qui a relancé en 1978 la course des yachts classiques.

Il revient sans détours et avec mille souvenirs truculents sur cette fabuleuse histoire de renaissance des Régates Royales créées à l’origine en 1929 en l’honneur du roi du Danemark barreur de son propre 6 mJI …

 Il a quarante ans à quoi ressemblait cette première édition des Régates Royales ?

J’avais 16 ans, je venais de déménager avec mes parents à Cannes en provenance de la montagne. Je me souviens, j’étais en seconde. Je suis tombé amoureux d’un 8 m JI et je l’ai racheté pour presque rien. Il pourrissait suite à une sombre affaire de récupération par les douanes. C’était l’ère des bateaux en plastique, personne n’en voulait. Je ne savais pas naviguer. J’ai appris tout seul, je faisais tout en solo. Je rentrais dans le port de Cannes tout seul, j’affalais, j’envoyais les voiles tout seul, je me débrouillais.

J’ai rencontré Pierrot Lambert, un autre propriétaire de 8 m JI qui faisait du charter avec son bateau. Il sortait par tous les temps ! Il y avait également trois autres 8 m JI : Le Folly, Ayana et France qui naviguaient beaucoup. Je n’y connaissais rien, je ne savais même pas que 8 m ce n’était pas la longueur du bateau, mais que c’était une jauge métrique... Avec Pierrot, on propose au yacht club de Cannes de relancer les Régates Royales. On leur demande de nous mouiller des bouées. Jean-Pierre Odero, directeur du Nautisme de la ville accepte, et les cinq 8 mJI ont fait un parcours dans la pétole une journée de septembre.

Mais comment la flotte a-t-elle grossie ?

Ce n’a pas été simple. A l’époque, ce n’était pas trop la mode de refaire des vieux bateaux en bois. En partant sur une compétition de ski acrobatique, je m’arrête à la Société des Régates d’Annecy pour leur proposer de venir. Le gars me dit « On a 5 Star pourris, pas d’argent, c’est compliqué de se déplacer, vas voir La Nautique à Genève. » J’arrive avec mes skis dans le coffre, les cheveux en pétard devant le Président de La Nautique en costard cravate. Il répond tout de suite « oui » à ma proposition de venir à Cannes en septembre, mais trouve qu’un week-end c’est trop court ! On décide donc de lancer la prochaine édition sur une semaine. Incroyable, ils ont débarqué à Cannes avec 30 bateaux… C’est eux qui ont refait les Régates Royales. Il y avait des Dragon, des Toucan, des Requin, des 5,50, des 6 et  8 m JI. Ce n’était plus la même plaisanterie…

Et quand sont venus les grands bateaux ?

Au début, ce n’était que les métriques et les classes Dragon, Requin, Toucan. De mon côté, je commençais à partir faire du large avec Tabarly et je débutais dans mes projets de courses. C’est Jean-Pierre Odéro qui a tout repris en main. Et puis, la Nioulargue (Voiles de Saint-Tropez aujourd’hui, ndlr) s’est créé peu après, en 1981. Ils nous ont invité. Là il y avait des gros bateaux, des anciens et modernes. Et les anciens étaient très compétitifs, comme Ikra, le 12 m JI ou Sovereign. Ils sont venus ensuite au Régates Royales et puis de plus en plus les gros bateaux. Saint-Tropez était le rendez-vous de fin de saison et Cannes était forcément incontournable.
Sans le vouloir, on a créé la première course de vieux bateaux en Europe.

Qu’est ce qui a évolué 40 ans après ?

C’est formidable parce que l’air de rien ça a fait revivre des métiers oubliés comme les gréeurs, les charpentiers, les mateloteurs. Aujourd’hui, les bateaux sont bien plus beaux et bien plus compétitifs qu’avant. Ca s’est professionnalisé, il y a eu des restaurations magnifiques à 15 millions d’euros, des constructions à l’identique d’anciens plans. Cela a créé aussi des décors grandioses dans les ports. Mais il faut que les régates restent de qualité, il ne faut pas que ça s’inverse, que les bateaux restent au port pour faire vendre dans les boutiques. Ce n’est pas le cas à Cannes où les courses sont toujours intéressantes, mais c’est vrai dans certains endroits.

Sur quel bateau tu navigues cette année ?

Sur mon bateau, Lys, que j’ai depuis 20 ans. C’est un bateau de 16,70 m qui date de 1955, un plan Sparkman & Stephens, une construction Sangermani que j’ai achetée pas très cher avec un copain. On l’a restauré au fur et à mesure  Il est très agréable, je vais partir autour du monde en solo pendant 5 ans, le but c’est de faire naviguer mes copains et ma fille. Lys pèse 15,5 tonnes donc il est plutôt léger. C’est la taille idéale. J’ai participé à 5 Régates Royales avec, c’est finalement sur mon 8 m JI que j’ai écumé les courses à Cannes, avec pas loin de 25 éditions sous la quille. »