L’histoire de France

Fasciné par la Coupe de l’America qu’il suit dès 1964 et qui l’incite à acheter Kurrewa V (rebaptisé Ikra en 1976) et sistership de Sovereign (un plan David Boyd de 1963), le Baron Bich décide de s’investir totalement pour ce challenge en 1967 et crée l’AFCA qui rachète deux 12mJI, l’américain Constellation et le britannique Sovereign. Traditionnellement, le Defender américain n’acceptait qu’un seul défi mais le Baron Bich obtint du New York Yacht Club que dans le cas où plusieurs clubs poseraient candidature, ils puissent se sélectionner entre eux avant d’affronter le détenteur de l’aiguière d’argent.

Marcel Bich se tourne alors vers l’architecte marseillais André Mauric couronné par le succès des Challenger et Super Challenger, un half-tonner à bouchain (déjà !). Mais auparavant, il commande à Britton Chance un 12mJI, Chancegger qui va permettre de mettre au point le voilier français. D’abord installé à Hyères, puis à La Trinité/mer, le défi français rassemble trois équipages complets avec trois barreurs : Louis Noverraz, Poppie Delfour et Jean-Marie Le Guillou.

Le 21 août 1970, France affronte Gretel II, le voilier australien de Sir Franck Packer. Première défaite malgré une bonne entame et Louis Noverraz est alors remplacé par Poppie Delfour qui s’incline lui aussi malgré une course très serrée. Louis Noverraz revient pour la troisième manche sans succès. Marcel Bich décide alors de prendre la barre tandis qu’Éric Tabarly est à la navigation... Une brume à couper au couteau n’aurait pas dû permettre au Comité de Course de lancer le départ, car au final France se perd dans la brume quand le voilier australien fait du « homing » gonio sur son bateau assistance mouillé à quelques mètres de la ligne d’arrivée…

Le Baron Bich ne se décourage pas et confie au Danois Pol Elvström le soin de mener le défi de 1974. Avec Constellation, Chancegger et France, le champion olympique scandinave écarte progressivement les équipiers français, puis renvoie les deux 12mJI en France : un coup de vent dans le canal de Kiel va démâter puis couler le plan Mauric ! La guerre est déclarée entre les Danois et les Français qui ne peuvent que constater leur mise à l’écart : ils finissent par convaincre le Baron Bich qui arrête la construction de France II et confie la barre de France à Jean-Marie Le Guillou, spécialiste du Soling. France doit donc affronter les Australiens de Southern Cross, un redoutable dessin de Bob Miller (plus tard rebaptisé Ben Lexcen). Malgré de bons départs, le plan Mauric n’arrive pas à tenir la cadence et perd ses quatre matches d’affilée. Mais le Baron Bich annonce déjà qu’il sera de nouveau sur la ligne de départ en 1977…

André Mauric avait déjà conçu un nouveau 12mJI en 1974 mais il n’avait pas vu le jour à cause de l’intermède danois. Le Marseillais est en pleine effervescence : il a dessiné le half-Tonner Impensable (d’où sera tiré les moules du First 30), le ¾ tonner Tadorne premier voilier IOR au gréement fractionné, 33 Export, Kriter V et Kriter VIII, Neptune et Pen Duick VI pour la course autour du monde en équipage… Mais en trois ans, les 12mJI ont bien évolué et les membres du défi français modifient sensiblement les plans d’origine ! Le vieux Constellation lui tient tête… Et Bruno Troublé fait tellement bien marcher France qu’il est envoyé lui aussi à Newport, pour participer aux sélections.

Face à Australia, toujours conçu par Ben Lexcen, France ne peut que l’inquiéter sans jamais arriver à le dépasser : après quatre manches, le défi français est éliminé. Mais Marcel Bich ne décroche pas puisqu’il fait construire France III pour la Coupe de l’America 1980. Le premier 12mJI français sert alors de lièvre à Hyères puis est remisé avant d’être prêté à un défi genevois qui se prépare pour 1987 sans aboutir… Le Baron Bich se retire alors après quatre tentatives infructueuses…